Le soi pétrifié

Le soi pétrifié

Avant de confier à mon amie artiste peintre la réalisation d’un tableau pour la couverture de mon livre, je lui avais lu quelques extraits (ce n’était alors qu’une ébauche) et surtout confié tous les changements qui s’opéraient chez ma mère, atteinte de la maladie d’Alzheimer. Et puis je lui avais laissé le champ libre. Le résultat m’a laissée sans voix. 

Sur la toile, elle avait réussi à capturer l’essence même du processus de déclin : l’isolement, le repli sur soi, la distanciation et même la « pétrification ». Alzheimer, la gorgone… 

Alors que la vie continue, dans une explosion de couleurs, de lumière et de parfums, le malade, lui, ne l’appréhende plus de la même manière, n’en perçoit plus l’éclat, n’en comprend plus le sens… Lentement mais inexorablement, son tissu relationnel se fragilise et l’étau se resserre sur son esprit, son cerveau jusqu’à littéralement l’atrophier. 

Mais une personne victime d’Alzheimer ne se résume pas à ce qu’elle est devenue : la couleur, la beauté et les nuances de son « moi  » profond demeurent. Et c’est précisément ce que m’évoque ce tableau.