
Effet miroir
J’ai rendu visite à Maman récemment. Dans cette course contre le temps et ses ravages neurocognitifs, j’augmente la cadence de mes visites : surtout être présente pour ne rien manquer, comme avec ma petite nièce, venue il y a 8 mois au monde, alors que Maman le laissait derrière elle en entrant à l’EHPAD. Je fais « d’une visite deux coups », m’accrochant aux acquis de l’une et profitant des progrès de l’autre, pour un peu de réconfort… En matière de perte ou de gain d’autonomie, l’évolution est tout aussi rapide !
Comme toujours quand j’arrive, je propose à Maman de grignoter et de boire quelque chose ; elle a perdu du poids et il est important qu’elle s’hydrate. Je lui tends une madeleine. Elle la prend mais aussitôt, lève les yeux vers moi et murmure : « Je ne sais pas ce que je suis censée faire… » Je refoule mes larmes et casse la madeleine en deux. Puis j’en porte une moitié à mes lèvres et lui dis : « mets-la dans ta bouche et mange ».
Machinalement, Maman fait de même, croque sa moitié, puis une autre que je lui tends. Le goût lui plaît. Est-ce là la puissance d’imitation des neurones miroirs ? Dans la foulée, elle attrape son verre, placé à portée de main, pour boire ; un automatisme qu’elle n’a pas encore perdu même si je perçois déjà son regard interrogateur, sur le contenant et son contenu, à chaque fois qu’elle s’en saisit. Cette action, tout comme ses goûts, est vouée à l’oubli elle aussi : l’apraxie…
J’offre à Maman un sourire, elle me le rend ; un sourire en appelle un autre, même quand les repères s’estompent. Et quoi de plus naturel pour préserver notre lien affectif ?