Caméléon

Lors de ma dernière visite sur Paris, le temps m’était compté. Je me suis donc précipitée à l’EHPAD pour profiter, le plus longtemps possible, de ces moments précieux avec Maman. Comme à mon habitude, j’ai traversé le hall d’entrée et le long couloir en verrière à grandes foulées pour me précipiter dans l’ascenseur en distribuant, à la foulée, quelques sourires et bonjours absents. 

À mon arrivée, la chambre de Maman était vide. J’ai pesté intérieurement contre moi-même pour mon retard, puis contre les aides-soignantes qui l’avait emmenée dîner si tôt. Trop tôt. Maussade, je regagnais le rez-de-chaussée et découvrais alors Maman assise dans un fauteuil roulant, parmi d’autres résidents, devant l’ascenseur même que j’avais emprunté quelques minutes auparavant. Interloquée, je compris alors que j’étais passée devant elle sans même la voir – ou la reconnaître ? 

En un an, et telle un caméléon malgré elle, Maman s’était finalement fondue dans l’espace collectif, dans le décor, dans les meubles. Ce n’était plus ma mère mais une personne âgée, anonyme parmi tant d’autres entre ces murs. Ce fut un vrai choc !

Privée de l’intimité de sa chambre pour notre moment à nous, je me suis assise auprès d’elle, un peu secouée. Ses sourires et sa joie de me voir m’ont quelque peu rassérénée : et si un peu d’interaction, aussi minime soit-elle, et même en mode « furtif », était préférable à cet isolement permanent ?