
Jour avec, jour sans
Je me souviens de ce journal intime que ma mère m’avait offert alors que j’étais adolescente : sur la première de couverture — blanche — on pouvait lire « pour les bons jours ». Et si l’on retournait le carnet, la dernière de couve — noire — affichait « pour les mauvais jours ». Selon mon humeur et mes contrariétés, je pouvais le remplir du début à la fin, ou à l’envers…
Je repense souvent à ce carnet, chaque fois pour vrai dire que je pénètre dans la chambre de Maman et me demande, la boule au ventre, si ce sera un bon ou un mauvais jour, un jour avec ou un jour sans, une couverture blanche ou bien noire…
Les jours avec, elle me sourie, me tient la main, me débite tout un flot de paroles qui n’ont de sens que pour elle et me console d’un « ma petite chérie » les yeux remplis d’amour. Les jours sans, je la trouve amorphe, perdue dans ce brouillard cérébral causé par la maladie et… les médicaments. Elle ne m’adresse pas un mot, ni même un regard et le seul son qui comble ce silence est son grincement de dents que rien ne semble pouvoir arrêter.
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